Manifeste.

Notre vision, en six articles. Écrite une fois, applicable tous les jours.

Personne observée par des caméras de surveillance

01

Avant le numérique

Surveiller coûtait cher. Un dossier, une filature, une écoute : des journées entières de travail humain pour suivre une seule personne. La Stasi, régime le plus intrusif de son temps, mobilisait un agent ou un informateur pour quelques dizaines de citoyens seulement.

La surveillance était un acte rare, ciblé, coûteux. Elle restait donc l’exception — et le savoir changeait tout : ce qui exige un surveillant n’observe jamais tout le monde.

02

Le renversement

Aujourd’hui, c’est l’absence de trace qui est devenue l’exception. Tout ce que nous achetons, chaque trajet, chaque publication, chaque hésitation avant un clic est enregistré, agrégé, analysé par des algorithmes.

Personne ne vous suit. Tout le monde vous suit. Le coût de votre surveillance est passé de plusieurs jours de travail humain à quelques microsecondes de calcul.

03

La bienveillance retournée

La plupart de ces systèmes naissent de bonnes intentions : détecter la fraude, recommander le bon film, anticiper une crise. Nous ne contestons pas les intentions — nous regardons la mécanique.

Car une donnée collectée pour protéger peut toujours servir à autre chose : trier, classer, prédire, écarter. La question n’est jamais celle des finalités affichées du jour, mais celle des finalités possibles. Un outil bienveillant reste une base de données.

04

Le risque pour les démocraties

La surveillance de masse est l’un des plus grands risques pour les démocraties. Non parce qu’elle espionne — parce qu’elle modèle.

Si l’on vous suit, si l’on vous traque assez longtemps, on détient assez d’informations pour vous faire croire qu’une chose est une décision que vous vouliez prendre. Une information choisie ici, une recommandation là, une peur opportune au bon moment : nul besoin de forcer un choix. Il suffit de disposer l’échiquier.

Une démocratie suppose des citoyens qui délibèrent librement. Ce qui manipule le choix délibéré attaque la démocratie elle-même — sans coup d’État, sans décret, sans que rien ne semble se passer.

05

Ce que nous refusons

Nous refusons l’argument « je n’ai rien à cacher ». Il confond vie privée et clandestinité. Un rideau n’est pas une planque : c’est ce qui permet de vivre chez soi comme chez soi.

La vie privée n’est pas le refuge du coupable. Elle est la condition du libre arbitre — de la pensée qui se forme avant de s’exprimer, des erreurs qui s’effacent, des convictions qui évoluent.

06

Ce que nous faisons

Notre travail n’est pas de fuir le monde numérique, mais d’y tenir sa place sans être lu sans y consentir.

Fermer les canaux par lesquels l’information s’échappe. Réduire la surface, système après système, réflexe après réflexe. Rendre une organisation — ou une personne — aussi difficile à lire que possible. Pas parce qu’elle aurait quelque chose à cacher, mais parce que personne n’a à y avoir accès.

La surveillance de masse n'est pas une fatalité. C'est une infrastructure — et toute infrastructure peut être contournée. Nous protégeons la vie privée et la sécurité des personnes.

Ce manifeste s'applique :voici ce que nous faisons concrètement.